La HAS : le mépris des assos trans comme seule boussole
Après avoir lâchement abandonné l’été dernier les mineurs de leurs recommandations pour les prises en charge de transition, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié ce 13 mars une note de cadrage, afin de débuter les travaux relatifs aux mineurs trans.
Les références bibliographiques de cette note de cadrage font une large place à des sources anglo-saxonnes partisanes, comme le rapport Cass, le site anti-trans “Transgender Trend”, ainsi que la déclaration de l’ASPS (société américaine de chirurgiens plastiques) enjoignant de ne plus réaliser de torsoplastie d’affirmation de genre avant 19 ans. Cette même déclaration a été rédigée en application de la doctrine Trump, qui consiste à généraliser le recours aux thérapies de conversion contre les jeunes trans et criminaliser l’existence publique de toute personne trans.
La HAS répond ici favorablement au lobbying de l’Observatoire de la Petite Sirène (organisation anti-trans héritière de la Manif pour Tous), sans daigner écouter ou mentionner les sociétés savantes de référence de son propre pays, comme Trajectoires Jeunes Trans, qui a notamment publié une analyse critique de la décision de l’ASPS.
La HAS promeut depuis des années l’engagement des usager·ères et travaille sur des recommandations d’inclusion des pairs-aidants dans les organisations de santé. Cela passe par une note de cadrage qui annonce les compositions deux groupes de travail - ceux de pilotage et de cotation - qui sont les seuls réellement décisionnaires.
Dans le groupe de pilotage, il est prévu que douze experts cliniciens et académiques (pédiatres, psychiatres, chirurgien·nes, sociologue, juriste...) soient placés face à seulement deux usager·ères du système de santé, désignés comme étant « jeunes majeurs et parents ».
Le groupe de cotation présente le même problème : seulement quatre usagers sur dix-huit membres.
La note de cadrage exclut donc les représentants d’associations trans, en totale contradiction avec ses propres fondamentaux. En effet, La HAS ne souhaite y inclure que des “usager·ères”, qui ne représentent que leur expérience personnelle, plutôt que des pair-aidants et des représentants d’associations qui pourraient se revendiquer d’un travail de terrain et d’une expertise communautaire. Celles-ci seront au mieux auditionnées, sans garantie d’une réelle prise en compte de nos avis, et sans participation active.
La HAS ne laisse aux organisations trans qu’un rôle de spectateur d’un processus qui va directement impacter la vie de centaines de jeunes que nous suivons au quotidien. Le savoir communautaire trans sera donc écrasé par le nombre et par la légitimité professionnelle des membres des groupes de travail.
Nous réaffirmons que ce sont les associations qui, partout en France, soutiennent, conseillent, écoutent et accompagnent les mineurs trans.
Ce sont elles qui produisent et perpétuent le savoir sur nos transitions. Le système médical l’a reconnu à de nombreuses reprises, quand la SoFECT a été dissoute et que les pratiques que nous avons dénoncées comme maltraitantes pendant des décennies ont cessé d’être la norme.
Or, aujourd’hui, la HAS fait mine de l’oublier, pour répondre aux pressions politiques de groupes réactionnaires souhaitant le retour des thérapies de conversion.
La HAS doit réviser la composition des groupes de pilotage et de cotation. La participation des pairs-aidants et membres d’associations d’auto support doit y être reconnue pleinement, tout comme l’est celle du corps médical.
L'élaboration des normes de soins ne peut plus être faite sans nous. Notre expertise doit être reconnue, les recommandations doivent être faites par et pour nous, et ne plus nous être imposées.
Associations trans signataires :
Organisation de Solidarité Trans (National), Fransgenre (National), Divergenre (Amiens), Collectif solidarité trans Compiègne (Compiègne), Transgressif (Metz), ARCTS (Strasbourg), Intransigeance (Besançon), Transaide (Saint-Etienne), Association JoyXI Trans (Paris), Collectif Insurrection Trans (Paris), TRANSpire (Paris), Collectif trans en Finistère sud (Quimper), Ouest Trans (Rennes), Transmutations (Poitiers), Breast (Bordeaux), Déviations (Grenoble), TransInter (Grenoble), Transat (Marseille/Avignon), Trans-Mission (Toulon), Trans Action (Nice) TransFagTrad, An Ti Kozé Épi Viv (Martinique).
Associations enfantistes et de parents signataires :
Collectif Enfantiste (national), COFRADE (confédération de 50 associations pour défendre les droits de l'enfant), Nos enfants trans, Contact (national)
Associations LGBTI signataires :
Inter-LGBT (Paris), Inverti-es (Paris), Act-Up Paris, Act-Up Sud Ouest, Afrique arc en ciel (Paris), Gare ! (national), ACGLSF (national), Mobilisnoo, Fierce Faces, David et Jonathan
Posté le 2026-05-07 par Organisation de Solidarité Trans